Il y a vingt ans …. Jacques, l’enfant.

 

 

 

 

                       I‑L`ENFANT                  

 

Issu d`une  famille quasi  monoparentale  des  années 40,  Jacques

Laberge passa beaucoup de ses loisirs dans les  bois avoisinants la

résidence familiale.  Il  visualisait  cette  dernière comme  étant

vaste à travers ses yeux  d`enfant et même d`adolescent.   Son père

fut hospitalisé suite à une dépression alors qu`il  avait trois ans

et il retourna  au  foyer avant  le mariage  de  Jacques suite  aux

pressions exercées par  la famille  auprès de  l`hôpital.  On  peut

conclure qu`il a  peu connu  son père,  si ce  n`est deux  ou trois

visites à l`hôpital de Québec.  Ainsi  donc, il vécu dans  un foyer

dirigé par sa mère assistée, en particulier, par son frère aîné.  

 

Les faibles réminiscences de  l`image de  son père  pourraient être

celles d`être promené dans les bras de celui‑ci lorsqu`il souffrait

d`une indigestion au lard, porc froid rôti. Alors, il aurait refusé

du sirop de maïs que lui  offrait son grand frère,  Etienne.  Allez

donc savoir, s`il s`agissait de véritables  souvenirs ou simplement

d`images construites à partir des témoignages répétés par les frères

et les soeurs témoins de  l`événement.  Apparemment, il  aurait été

frappé au ventre par un bélier à bas âge.                   

 

Sa mère avait toujours eut la nostalgie de son village natal où les

conditions de   culture  agricole,  d`accessibilité   étaient  plus

favorables que dans  le rang  où elle  vécut de  nombreuses années.

Elle était  près  de  son  plus  jeune  frère,  relativement  gâté,

consommant éventuellement de  l`alcool  et en  plus  ou moins  bons

termes avec sa femme qui semblait à ses  yeux remarquablement douce

et travaillante. Il devait se suicider  à l`âge de la retraite.  Sa

mère décriait souvent certaines transactions effectuées par son mari

au cours de  ces années  de mariage:  achat d`un  cheval noir  trop

fringuant, …   Son père  était  fermier,  l`été, et  entrepreneur

forestier, l`hiver. Thérèse,  une de ses soeurs  le décrivait comme

jovial, accueillant et adorant  les soirées  de famille.   Ce petit

homme fort était un leader naturel. Elle fut l`objet de générosité

de sa part alors qu`elle était aux études, racontait‑elle à Jacques.

A un moment donné, il fit de la boisson avec un voisin et sa mère ne

s`entendit     pas     très     bien     avec     cette     ancienne

voisine.                                          

 

Jacques se souvenait de  la bergerie  où un  bon nombre  de moutons

passaient l`hiver.  Plus  tard, il  devait y  aménager des  cages à

lapins au premier étage. Il se souvenait que l`on avait utiliser la

boucannerie, le boucan à quelques reprises pour  fumer, boucaner du

poisson et du porc. C`était également un endroit favori pour le jeu

en raison des dimensions réduites de ce bâtiment et de la proximité

 

de la clôture leur permettant de grimper sur le toit. Le poulailler

et la porcherie étaient bien achalandés aussi. Souvent à l`automne,

la famille saignait un cochon, porc et recueillait le sang dans une

poêle avant de le verser  dans un contenant  plus grand où  le sang

était constamment remué afin de l`empêcher de coaguler. Evidemment,

le porc criait et  lorsqu`il était  mort son  poil était  grillé en

brûlant de la paille sur sa peau.                  

 

Il se rappelait aussi un gros  chat, matou jaune très  attaché à la

famille et efficace à l`occasion pour l`annihilation  de la vermine

du sous‑sol.   Ils eurent aussi un  petit chien qui devait  être tué

par un camion sous les yeux de Jacques et de la  cadette ce qui les

peina longtemps.                         

 

Les facilités sanitaires  évoluèrent lentement  de la  pompe à  eau

manuelle à la  pompe électrique  et  de la  toilette à  l`extérieur

complémentée par des contenants à une toilette à eau à l`intérieur.

Dans le domaine de l`éclairage, ils passèrent de la lampe à l`huile

au naphte et  finalement à  l`ampoule électrique  et les  études en

étaient d`autant facilitées.   La  cuisinière à  bois intégrant  un

réservoir d`eau fut remplacée par la cuisinière combinée, au bois et

à l`électricité et le chauffage électrique.            

 

Les études primaires furent agréablement  subies par Jacques  et de

belles amitiés se développèrent surtout avec un copain, Albert Dubé,

appartenant à une nombreuse famille dont la  vie familiale semblait

vive et animée; soirées de danses, de gigues.  Albert  jouait de la

musique à bouche,  harmonica  et appréciait  beaucoup  la soeur  de

Jacques. Que  de souvenirs reliés  à l`école de rang;  les parcours

effectués à pied l`automne et le printemps, le transport scolaire en

traîneaux protégés d`une toile tel les wagons du  « far west » assumé

par les parents à tour de rôle d`un hiver à l`autre, les tarti nettes

aux fraises, aux  cretons, …  à titre  de dîner,  l`ouverture des

chemins par des charrues ou des béliers mécaniques le printemps.  A

enrichir de mots nouveaux ces rédactions effectuées en classe, il en

vint à être remarqué par un inspecteur d`école qui lui demanda s`il

pouvait conserver, emporter  une  de ses  compositions après  qu`il

l`eut complimenté.   Ses études  primaires se terminèrent  après une

année en charmante compagnie de deux gentilles  compagnes de classe

auxquelles il laissa la première place du palmarès académique après

la parution du premier bulletin scolaire.  Il devait éventuellement

revoir l`une d`elles lors de rencontres à  caractère politique.  Il

était alité à la maison  suite à  une fâcheuse chute  en bicyclette

dans une « côte »,  pente  « apique » ou  raide  sur gravier  lorsqu`il

apprit la bonne  nouvelle  de l`obtention  de  son diplôme  d`étude

primaire de la bouche même de son institutrice, une mère de famille

revenue au travail après avoir  élevé ou éduqué ses  enfants.  Fort

heureusement, elle  avait  soumis  ses  finissants  à  des  séances

 

intensives d`études des examens antérieurs.          

 

Il se rappelait quelques fois un copain de classe plus âgé qui avait

répété quelques années  et qui  manifestement vivait  des problèmes

d`apprentissage prononcés. Jacques était peiné, essayait de l`aider

et ultérieurement  se  demanda  si des  raisons,  des  causes,  des

troubles physiques (visuels, auditif, …), mentaux légers et autres

d`ordre médical pouvaient expliquer ce phénomène.   Cette situation

devait le  motiver à  appuyer  les  efforts consacrés  aux  enfants

handicapés physiquement et mentalement.   Ce copain travaillera plus

tard en Ontario et Jacques ne  le revit plus.  Il  se souvenait une

fois de s`être bagarré et jusqu`à  un certain point de  plus s`être

souvenu d`une partie des échanges  et il  n`était pas très  fier de

lui.                                 

 

Un petit   voisin,  Normand  Gagnon,  représentait   le  personnage

principal dans la vie de cet  enfant.  En fait, la  famille voisine

constituait presque un ajout à la  famille de Jacques de  part leur

chaleureux   accueil,   leur   amabilité,  leur   générosité,   leur

simplicité; un vrai  modèle  de voisin,  des  parents aux  derniers

enfants! En  dehors des  vacances, durant l`année  scolaire, chaque

samedi, Jacques projetait des activités avec son voisin lorsque les

tâches de la ferme ne l`attendait pas.  Par  mégarde, cette voisine

avait déversé son  « eau de  vaisselle » dans  le visage  de Jacques,

heureusement qu`en cette occasion il portait  son passe‑montagne et

elle l`avait fait entré chez elle  pour lui assécher le  visage, se

souvenait‑il, comme détail loufoque.   Quelques fois,  ses cousins

venaient le visiter et  l`un d`eux voulait  souvent boxer  avec les

gants de  Jacques.   Ce  dernier   n`aimait  pas  ces  séances  qui

finissaient immanquablement par  des saignements  de nez.   Jacques

reconnaissait chez lui  un instinct  pour le  moins combatif  et il

travaillera plus tard dans une brasserie. Jacques devait revoir cet

ancien voisin avec sa petite  famille en  compagnie de deux  de ses

soeurs dans ce village d`arrière‑pays où il devait demeurer un an.

 

Chaque saison  apportait  son  lot d`activités.   A  l`automne,  il

chassait le lièvre  à l`aide  de collets  placés dans  leurs petits

chemins ou sentiers, l`écureuil en  utilisant de petits  pièges, la

belette en construisant un  mini‑abri où il  plaçait un  appât ainsi

qu`un piège et le rat musqué aidé d`une planche de bois placée à la

surface du lac,  sur  l`eau, sur  laquelle des  appâts  et un  piège

étaient fixés. Il avait même  attrapé deux perdrix dans des collets

à lièvre placés sous un vieux barrage d`arbres délimitant deux lots

de terre.  Il  séjournait des  heures dans  la forêt  partiellement

dégarnie et  il  suivait  de  nombreux  sentiers  qui  lui  étaient

familiers. Mordiller  les épines des  sapins, des épinettes  et les

extrémités des  branches d`aulnes  et  de  cèdres était  devenu  un

réflexe chez  lui.   Quelques  fois,   il  cueillait  de  la  gomme

 

d`épinette, mastiquait des feuilles de thé sauvage  et mangeait des

baies.   Plus  tard  à   l`université,  Jacques  près  de  confrères

d`Abitibi devait  être  surpris  d`apprendre,  malgré  ses  petites

expériences de trappeur‑amateur, qu`un d`eux avait mangé de l`ours à

la maison et que  son père était  un trappeur  professionnel.  Sans

doute qu`il mangeait de l`écureuil, de la marmotte,  du rat musqué,

du castor,   du  porc‑épi,   …   Qu`ils  étaient   délicieux  et

substantiels, ces boulis enrichis par les légumes  frais du jardin;

carottes, petites fèves, navets, patates, … et complémentés par de

la viande  de porc  salée!   La viande brune  d`animaux  sauvages;

perdrix, lièvre,   chevreuil,  original,  outarde,  …   lui  était

familière et il  la considérait  comme savoureuse.   Au début  d`un

automne, sa mère et deux de ses soeurs étaient venues le rejoindre à

la sortie de la forêt,  de la savane car  elles avaient vu  un ours

traverser la route et elles  craignaient pour Jacques.   Ce dernier

n`avait jamais vu  ou rencontré  d`ours dans  les bois  et il  n`en

rencontra jamais.                        

 

Dans les environs de la maison se trouvait une  source naturelle où

l`on pouvait  s`abreuver d`eau  claire.   C`était  surtout un  coin

privilégié pour  les enfants,  un îlot  de verdure,  un rendez‑vous

pour le gibier.   Ce coin  verdoyant  où les  sols humides  étaient

recouverts de spongieuses végétations. Plus tard, Jacques se dirait

que beaucoup de sa sérénité intérieure, il la devrait à ces heures

de quiétude et d`échanges, de communion avec  cette nature paisible

et harmonieuse.                          

 

L`hiver, les descentes  en ski,  en traîneau,   en toboggan  et les

promenades en raquettes,  de même  que  la poursuite  de la  chasse

jusqu`à ce que la neige soit épaisse ou  profonde constituaient ses

activités favorites.  Pour  skier,  lui,    ses  frères et  soeurs,

faisaient un tracé et ils descendaient durant des heures en évitant

les obstacles au bas de la pente tandis que d`autres utilisaient le

traîneau et la traîne sauvage  en absence de  monte‑pente mécanique

naturellement. Les jeux de cartes, de domino, de parchesi, … avec

les frères et, surtout, les soeurs occupaient  plusieurs soirées et

journées de tempête.  En  respectant les instructions  d`une grande

soeur, il tricota un sous‑vêtement,  une camisole en laine  tout en

soignant une vilaine grippe.  Quelques fois, ses frères aménageaient

une mini‑patinoire  sur  le  petit  lac  et  chacun  s`initiait  et

pratiquait ce sport.   Malheureusement,  ce petit  lac peu  profond

gelait suffisamment pour détruire occasionnellement le poisson, la

truite. Que d`heures  passées à jouer dans la grange  sur la paille

et le foin par des jours de tempête!          

 

Au printemps, le  ruisseau  à  l`avant de  la  maison débordait  et

Jacques en surveillait le  dégel.  Lorsque  la neige  avait durcie,

qu`elle était dure, il en profitait pour glisser en traîneau tout en

 

évitant les éraflures. Quelques fois, l`eau faisait des dégâts à la

cave, au sous‑sol où  les légumes étaient  entreposés.  Une  de ses

soeurs recevait souvent une invitation de sa marraine à  aller à la

cabane à sucre ou un  pain de sucre  d`érable.  A l`occasion  et au

lieu d`acheter du  sirop d`érable,  sa mère  en préparait  à partir

d`écorces d`érable. A Pâques, la  famille recueillait l`eau dite de

Pâques avant la levée du soleil.              

 

La période des vacances apportait les travaux champêtres; « cerclage »

ou désherbage et arrosage manuel du jardin et des champs de patates,

de « naveaux » ou  navets, « foulage »  ou de  compaction humaine  des

« voyages » ou chargements de foin où la charrette était tirée par un

cheval dont l`entrée dans la grange était plus ou moins sécuritaire

et problématique, ramassage  de roches  ou épierrement,  récolte ou

cueillette des fruits sauvages tels que fraises, framboises, mûres,

bleuets, groseilles,  noisettes,  canneberges, cerises  à  grappes,

cerises, merises, pimbina,  …   Les travaux  journaliers dits  du

train se poursuivaient à un rythme différent de ceux  de la période

hivernale.   Les jeux  étaient  des plus  enivrants certains  soirs

d`été, souvent   accompagnés  de  courses  effreinées   égalant  la

turbulence   des    chauds   vents   d`été.    Par    temps   chaud,

particulièrement, Jacques  et  ses  soeurs et  frères  allaient  se

baigner, soit au petit lac « sans fond » ou vaseux en prenant soin de

s`attacher au radeau ou à la chaloupe, ne sachant pas nager, soit à

la petite rivière Rouge où ils pêchaient également au début de l`été

et au printemps.   Enfant, Jacques  s`amusait avec  frères, soeurs,

voisins et voisines dans  un étang sis  entre les  deux résidences.

Ils jouaient à mille et un  jeux: magasin, chasse à  la grenouille,

maison, etc. Les enfants disaient qu`ils allaient jouer à la « mer »!

En l`absence  de père,  les  liens  mère‑fils étaient  forts  entre

Jacques   et  Josée.    Des liens   chaleureux  et   d`excellentes

communications facilitaient  les   échanges.   Jacques  s`exprimait

quelques fois d`une façon directe et sa mère s`était  adaptée à son

franc‑parler cependant il était  toujours poli et  respectueux.  Sa

mère inspirait un sentiment de confiance et de sérénité. Elle était

intéressée à tous ses enfants; ils étaient, dans les circonstances,

sa vie, croyait Jacques. Souvent,  sa mère répétait que nous étions

pas riches mais que nous mangions bien et qu`une saine alimentation

était nécessaire  à une  bonne  et  excellente santé.   Une  soeur,

Thérèse, agissait en pratique comme  tutrice du groupe  des jeunes;

étant institutrice de formation, elle enseigna  à plusieurs d`entre

eux, dont Jacques.   Sa soeur demeurait à l`école  durant la semaine

et elle revenait  à la  maison les  fins de  semaine.  A  plusieurs

reprises, elle devait se  mériter la  récompense, le  mérite annuel

accordé à la  meilleure professeure  du district,  la « prime »  tant

convoitée par les professeures et accordée par l`inspecteur d`école.

Elle encourageait ses jeunes  frères et  soeurs à  poursuivre leurs

études le plus longtemps  possible et  elle se  montrait généreuse.

 

Perfectionniste de  nature,  elle  leur  apprit,  entre  autres,  à

corriger   mutuellement  leur   français   parlé   et  écrit.    Une

manifestation de son perfectionnisme était sa fierté vestimentaire.

 

La médecine douce était populaire; camphre, teinture d`iode, onguent

Rawley, liniment   rouge,  liniment  Minard,  alcool   à  friction,

vaseline, sirop pour la toux, huile Auralgan, tisane à l`aulne, …

même si ce terme, alors, n`existait pas.           

 

Jacques faisait souvent le même rêve, cauchemar.   Il se retrouvait

couché dans  un tunnel  étroit  et  un visage  apeurant  s`avançait

menaçant dangereusement sur lui et il se réveillait en sursaut et en

sueur. Il vécut et « revécut » ce cauchemar des dizaines de fois.  Sa

santé, en général,  était peut‑être  déficiente, faible!   Etait‑il

traumatisé par   une  image   forte,  autoritaire   et  apparemment

malveillante! Peut‑être  l`image restringnante du frère  aîné!   Il

se posait la question.                   

 

Le fait de  vivre  dans une  famille de  douze  enfants de  vivant,

disait‑on,   avait contribué  à développer  chez Jacques  un esprit

d`équipe, de famille et d`entraide requis pour le bien de la famille

dans son ensemble et  basé sur l`étude  de plusieurs  caractères et

personnalités.   Un  jour,  on  lui fit  remarquer  qu`il  était  le

douzième de la famille, né  également le  douzième jour du  mois et

qu`il devait, selon l`adage, possédé un don.   Jacques se demandait

de quel don il disposait!                     

 

Le frère aîné célibataire  seconda sa mère  et Jacques  réalisera à

l`âge adulte  que  ce   frère  assumait  des  responsabilités  sans

connaître les joies de la paternité, dit simplement.  Il s`agissait

d`un sort plutôt ingrat,  somme toute!   Par hasard,  peut‑être, sa

future épouse pendant ce temps vivait une situation semblable étant

éduquée par sa tante célibataire suite  au décès de sa  mère en bas

âge.

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