IX‑ LA CARRIÈRE COMME TELLE

 

Jacques oeuvrât essentiellement dans des entreprises d`envergure où

la langue du travail  et des  communications était  l`anglais.  Ils

adoraient se familiariser avec les organigrammes, le personnel, les

méthodes   et  les   philosophies   de  gestion,   les  projets   de

développement, les procédés techniques,  … de ces  entreprises en

favorisant les nouvelles technologies, les  procédés administratifs

les plus  récents  et  représentant  le  meilleur  potentiel.   Son

adhésion à la culture de ces entreprises fut partielle; il se refusa

à être assimilé aux  plans  linguistique et  ethnique.  Il  pouvait

supporter ces environnements durant trois ou quatre  ans après quoi

son insatisfaction devenait apparente.

 

Un facteur important qui influença la prise  de plusieurs décisions

relatives à la carrière chez les  Laberge fut le système  de double

emploi de Suzie  et de  Jacques.  Par  exemple, solliciter  pour un

emploi chez Bombardier près  de Québec,  Jacques dut  considérer le

fait que  Suzie  occupait  un  emploi  stable  et  qu`elle  pouvait

difficilement le laisser et suivre Jacques pour  un emploi toujours

incertain dans le secteur privé comme ils l`avaient  appris à leurs

dépends.

 

 

                  1‑ Le travail

 

Une composante importante de  la carrière  de Jacques  pouvait être

présentée de la façon suivante: A travailler souvent dans le domaine

de la gestion, fonction conseil (staff), au lieu d`occuper un poste

d`autorité (line), Jacques  était très  vulnérable.  En  période de

ralentissement des affaires, ces fonctions étaient  les premières à

être éliminées.   En  principe,  ses  fonctions  auraient  dû  être

maintenues afin de solliciter et de  faciliter l`ajout, l`obtention

de d`autres projets  et  produits.  Deux  des multinationales  pour

lesquelles il travailla  virent réduire  leurs effectifs  de moitié

caractérisant l`entreprise privée.  De plus,  de part la  nature de

son travail, souvent affecté à des projets d`envergure, il se voyait

sans occupation lorsque le projet ou les  projets étaient réalisés.

Fréquemment, dans le génie‑conseil,  par exemple, tout  un secteur

d`activités dépendait d`un projet d`envergure tel la participation à

l`ingénierie d`usine d`eau lourde.   Dans les grandes industries, la

production d`une division entière  était tributaire parfois  de la

popularité d`un produit, de la satisfaction des besoins d`un client

important autrement  il  fallait  rationaliser  les  opérations  et

souvent des  emplois  étaient   éliminés  dont  celui  de  Jacques.

Certains confrères pataugeaient et d`autres nageaient  avec plus ou

moins de facilité dans notre  système de libre  entreprise, système

cependant préférable à bien d`autres et quand même perfectible.

 

Suite à la réception d`une offre d`emploi par télégramme, il accepta

un emploi dans une avionnerie,  milieu de travail  anglophone.  Son

emploi lui plut beaucoup; un comité, une équipe de travail révisant

les systèmes  d`information  de  la compagnie  et  son  patron,  un

psychologue industriel de profession, assistant du  président était

dynamique et communicatif.   Ce patron  se souciait  de son  niveau

salarial car un salaire  trop élevé aurait  pu rendre  la recherche

d`un autre  poste  difficile  même à  l`intérieur  de  l`entreprise

particulièrement en  début  de  carrière.   En  milieu  anglophone,

Jacques s`appliqua et maîtrisa la  langue de Shakespeare  parlée et

écrite toutefois il n`était pas particulièrement intéressé à perdre

son accent français.  Sa sensibilité linguistique  (francophobe) et

nationaliste lui nuit  considérablement  car il  adhérait peu  aux

valeurs de  l`entreprise  sauf   sur  les  plans  administratif  et

technique.   Avec  un certain  recul,  cette  situation lui  apparut

clairement comme telle et il se  demanda si le contexte  de travail

évoluerait au  cours  des  prochaines  années  chez  cet  important

employeur.   La  bataille linguistique  se  livrait  sur un  premier

front, ici, et  si elle  était perdue  à Montréal,  elle le  serait

subséquemment et  rapidement  dans  l`ensemble  du  Québec.   Cette

bataille ne pourrait  être gagnée  sans l`engagement  massif de  la

population québécoise car les  francophones, on le  savait, étaient

nettement minoritaires sur le continent américain, écrivait‑il, dans

de nombreux écrits acheminés aux journaux de l`époque.

 

Dans cette multinationale anglophone,  un employé, dont  Jacques se

souvenait, était  un vieux  superviseur  dans  la soixantaine  très

paternaliste et expérimenté.   Il s`intéressait  aux mines  en tant

qu`investissements personnels à risques et chaque jour, il vérifiait

les cotes  souvent  hors  liste   à  la  bourse.   Jacques  prépara

l`enregistrement d`un cours pour superviseur avec lui. En une autre

occasion, un superviseur  bilingue  fut  tellement impressionné  de

signer la page frontispice d`une procédure qu`il dit à Jacques qu`il

en éjaculait. Jacques et lui  avaient travaillé quelques semaines à

la rédaction et à  la révision du  document.  Lors  d`une rencontre

déjà décrite dans quelques écrits, il avait discuté  en présence de

ce superviseur  avec  un   directeur  responsable  de  trois  mille

employés, un américain au  Québec depuis  neuf mois.   Ce directeur

s`adressa à Jacques en  français et ce  superviseur s`enquit  de la

raison de ce geste et il lui répondit simplement que ce n`était pas

pour lui  qu`il  parlait   français.   Jacques  avait  déjà  rédigé

certaines procédures en français pour ce directeur.

 

Une seconde entreprise  montréalaise  de fabrication  d`équipements

électroniques accueillit, en  son sein  anglophone, notre  Jacques,

probablement référé   par  son   dernier  employeur.    Dans  cette

entreprise de calibre international, il y restera  peu longtemps et

la quitta avec au moins  deux autres professionnels  qui décriaient

 

l`anglais comme langue de travail  dans les médias à  l`encontre de

leurs intérêts professionnels à  l`égard d`une telle  entreprise de

haute technologie.   Un haut dirigeant anglophone,  qui avait appris

le français, eut l`amabilité de le saluer à son départ.

 

Que d`énergies   dépensées  improductivement  d`un  point   de  vue

nationaliste québécois francophone, pensait Jacques!  Que de forces

vives neutralisées ou pour le moins mal orientées! Que de carrières

flétries dès la levée  du jour, l`aube  de la  vie professionnelle!

Quelques éléments francophones réussirent à s`intégrer à ces milieux

de travail, soit qu`ils s`intéressaient peu aux questions sociales,

soit qu`ils originaient d`un milieu culturel  bilingue, soit qu`ils

accordaient prépondérance à leur emploi immédiat,  à leur carrière.

Plusieurs de ces  personnes occuperaient  plus tard  des postes  de

commande aux   plus  hauts  échelons  hiérarchiques   et  espérons,

pensait‑il, qu`ils s`intéresseront un peu au devenir du Québec même

s`ils auront été récompensés de leur  adhésion à la culture  de ces

entreprises.

 

Quatre ans de travail  en français  dans une  importante commission

scolaire fut appréciés cependant les effectifs furent réduits et la

priorité fut accordée  aux  plus anciens  employés.   Il fut  nommé

délégué en matière d`équipement de la commission scolaire au Conseil

scolaire de l`Ile  de  Montréal.  Beaucoup  de cadres  d`organismes

publics et privés étaient recrutés  à partir des  membres exécutifs

des syndicats, des associations de professionnels et de cadres. Ces

derniers en venaient à être au fait de la planification stratégique

de l`entreprise pour y être, par la suite, intégrés.   A ce moment,

il connut un copain qui devint un cadre supérieur  dans la fonction

publique de la métropole  ainsi que quelques  autres connaissances.

Il   joignit  un   entrepreneur   important  occupé   à  un   projet

d`infrastructures sportives majeures.  Même si ce  travail, de part

sa nature, fut  de courte  durée, il  assuma rapidement  de lourdes

responsabilités de gestion de personnel et  technique.  Une analyse

de   l`état   d`avancement   des   travaux  lui   fit   conclure   à

l`impossibilité de réaliser au  complet le  mât olympique  avant la

tenue des jeux.   Jacques fut  heureux de  rencontrer un  québécois

d`origine égyptienne qui lui  facilita la  tâche de  la publication

d`un article dans  un  périodique à  caractère professionnel.   Par

contre, Jacques le seconda dans la rédaction de sa thèse de doctorat

en administration scolaire, à titre de consultant, il prit en partie

la relève de  son  directeur de  thèse.  Le  sujet  de cette  thèse

reposait sur les principes de gestion de projets que Jacques avaient

approfondis à partir de  la documentation  des logiciels  d`IBM, de

Control Data, de PSDI, … et  d`autres sources.  Il assista  à une

soirée organisée par des ressortissants du Moyen‑Orient qui fêtaient

leur compatriote  en  présence   des  représentants  politiques  et

religieux du Québec et des dirigeants de leur communauté.

 

Jacques envisagea de partir en affaires avec deux autres ingénieurs

cependant ils réalisèrent rapidement  qu`il était  plus sécuritaire

d`oeuvrer dans une grande entreprise. Ils avaient déjà décrochés un

contrat de gestion de projet  et ils  eurent le temps  de connaître

brièvement la vie d`affaires à trois sociétaires où généralement des

affinités se développent entre deux partenaires en particulier.  Un

de ceux‑là avait vu son père  privé de son fonds  de retraite ayant

été mise à pied avant de pouvoir en bénéficier ce qui le motivait à

accepter un poste dans la fonction parapublic.  Un  jour, un ami,

Normand Thivierge, l`invita à postuler  avec lui un poste  dans une

entreprise de services.  Jacques suggéra  que l`on invita  un autre

confrère de travail, Clément Claveau,  à poser sa  candidature, lui

aussi. On demanda à Jacques  lors de l`entrevue s`il accepterait de

travailler pour  Normand  et  il répondit  négativement  même  s`il

respectait énormément l`intelligence et l`intégrité de son confrère.

Jacques disposait d`une formation supérieure au  niveau du deuxième

cycle universitaire et il  n`avait pas  clairement réalisé  que cet

exercice de recrutement visait surtout à procurer de l`avancement à

Normand au sein de l`organisme où il disposait d`appuis. Ainsi, son

confrère, Clément fut choisi et entra dans la  boite, la compagnie.

Jacques réalisa une fois de plus  que souvent ce n`est  pas tant ce

que tu connais qui est important mais qui tu connais.

 

Un choix professionnel fut  effectué entre un  organisme parapublic

francophone et une entreprise privée sensément  bilingue offrant un

salaire supérieur,  il  opta  pour  cette  dernière,  ayant  oeuvré

précédemment dans une organisation parapublic sans y avoir obtenu

de promotion mais quand même une augmentation salariale acceptable.

Ce ne fut probablement  pas la meilleure  décision de  sa carrière!

Qui sais?  A  ce bureau‑conseil,  des travaux  étaient réalisés  au

Québec et en  français, seulement,  si le  client l`exigeait.   A ce

moment, Jacques  fit  connaissance   avec  l`Office  de  la  langue

française. il  se  plaignit  de la  piètre  qualité  d`un  document

interne, entre  autres.   A   l`emploi  de  ce  bureau‑conseil,  il

rencontra un ingénieur originaire de Baie‑Comeau qui avait poursuivi

ses études de génie  en Nouvelle‑Ecosse  et qui lui  parla de  M B.

Mulroney en termes plutôt élogieux.   Avec un certain recul, Jacques

réalisa qu`il  avait  reçu  des  appuis  insoupçonnés  alors  qu`il

recherchait un  nouveau   défi.   Un  de  ces   voisins  lui  avait

généreusement organisé une entrevue dans une entreprise parapublic

pour   le   poste   de   directeur  et   il   avait   été   accepté.

Malheureusement, crut‑il,   il  aurait  dû  retourner   au  secteur

parapublic où les  salaires augmentèrent  rapidement, profitant  de

cette merveilleuse occasion offerte grâce  à la digilence,  au sens

pratique, à la sympathie et à l`efficacité de  ce cadre.  Peut‑être

que subconciemment  Jacques  considérait comme  trop  facile  cette

opportunité car il avait dû travailler fort constamment.

 

 

Jacques s`était  vu  offrir  un   poste  à  San  Francisco  par  un

groupe‑conseil américain  de  réputation  internationale.   Jacques

avait qu`il s`agissait quand même d`une entreprise familiale ce qui

l`avait surpris pour  une entreprise  de cette  nature, gestion  de

projets qui était depuis très longtemps active  au Québec.  Jacques

ne voulait pas s`éloigner de sa famille et il refusa.

 

Les fluctuations de personnels étaient fréquentes dans ces bureaux,

elles étaient hautement tributaires des marchés obtenus.  Il en fut

ainsi à un bureau‑conseil interne d`une aluminerie, un des fleurons

de l`industrie québécoise.   Heureusement, la  décentralisation des

activités avait accéléré  la  francisation,    l`usage du  français

comme langue de travail ainsi que les législations québécoises en la

matière. Ici, encore, un certain nombre de ceux qui s`identifiaient

à la culture anglophone et parfois bilingue,  furent récompensés et

promus afin de perpétuer ce système le plus longtemps possible. Dix

ans plus tard, il ne fut pas surpris d`apprendre qu`au cours des dix

dernières années un sondage confirmait ses appréhensions, de faibles

progrès accomplis en matière  de francisation;  un pour-cent  en dix

ans. Les programmes étaient appliqués avec tant de laxisme que s`en

était dérisoire.   Il refit connaissance avec  un copain anglophone,

typiquement « scotchish », qu`il  avait  rencontré  chez son  premier

employeur.   Ce  copain,   fort  socialement,   lui  facilita   son

intégration.   Jacques appréciait  beaucoup  son  humour, son  franc

parler, ses appuis indirects efficaces, sa chaude camaraderie et il

se sentait relativement en confiance.

 

Une courte alte à son  travail lui  fut imposée après  que quelques

malaises l`eurent conduit à une opération  afin d`extraire quelques

pierres au rein gauche. Subséquemment,  il fut informer des progrès

médicaux pour ne  pas  dire technologiques  en  cette matière;  les

pierres pouvaient  être  pulvérisées  par des  ondes  de  chocs  et

éliminées par voies naturelles.  Son spécialiste,  néphrologue, lui

avoua après quelques années qu`il pouvait sentir la pierre dans son

rein alors qu`antérieurement il plaisantait lorsque Jacques faisait

quelques allusions à ce sujet.   De plus, le  spécialiste mentionna

que   ces  problèmes   de  santé   originaient  d`une   « trop  bonne

alimentation ». Un  des buts  du suivi  annuel consistait  à motiver

Jacques à  boire  de  l`eau  en bonne  quantité  et  à  réduire  sa

consommation d`aliments à forte teneur de calcium.  Une des trompes

d`Eustache de l`oreille de Jacques s`était fermée temporairement et

un   orthorhinologiste  lui   perfora  le   tympan  sans   l`avertir

formellement même si Jacques avait  signé une autorisation  pour un

traitement.   Le   spécialiste   lui  sourit   ironiquement   sinon

sarcastiquement lorsque Jacques lui demanda si son tympan avait été

perforé.   Jacques dut  changer de  spécialiste même  si ce  premier

spécialiste   âgé  consulté   pouvait  être   compétent.   Craignant

l`infection, il se débloquait la  trompe d`Eustache chaque  jour en

 

soufflant de l`air  afin de  ventiler l`arrière  du tympan.   Il ne

considérait pas ces situations médicalement problématiques car elles

ne représentaient  en  aucun  cas   un  handicap  à  ses  activités

personnelles et  professionnelles.   Afin  de  rassurer  un  ancien

employeur, un spécialiste,  un orthorhinologiste  avait aimablement

écrit que Jacques ne deviendrait jamais sourd.

 

Au plan  professionnel,  Jacques  ne  pensait pas  à  ce  moment  à

l`enseignement universitaire cependant une université lui suggéra de

préparer un cours de français scientifique et  technique.  Ce qu`il

fit quelques semestres durant et il enseigna aussi l`administration

de projets, sa spécialité. Il apprit également en préparant surtout

ces cours de  français  comme le  veut l`adage  à  savoir que  l`on

apprend aussi en  enseignant.  En  raison de  la pauvre  qualité du

français des étudiants  en sciences,  surtout de  certains nouveaux

arrivants et moins ceux en français comme tel, Jacques dû présenter

un rappel des rudiments de  la langue.   A titre de  consultant, il

travailla aussi aux études des projets de la Baie  James, phase II,

afin de  définir  le  contenu   des  marchés  ou  contrats  à  être

éventuellement octroyés. Il commença quelques cours prérequis à son

admission au  doctorat  conjoint   en  administration  après  avoir

enseigné à cette université et il eut plus tard à choisir entre ses

cours et un poste dans  sa spécialité;  il choisit le  travail.  Il

conserva l`impression qu`il aurait pu être accepté à ce moment et on

lui avait proposé  quelques  charges  de cours  ce  qui lui  aurait

procuré un revenu d`appoint.  Cependant, lors de  sa rencontre avec

le directeur du programme du doctorat, celui‑ci avait souligner avec

emphase ses  antécédents  au  sein   du  Parti  Libéral  du  Québec

contrairement à ceux de Jacques au Parti Québécois.

 

Une autre fois, il retourna pratiquer ses professions d`ingénieur et

d`administrateur, dans le secteur privé anglophone et  de plus dans

le domaine des télécommunications  où des  fonctions de  gestion de

projets l`attendaient           à nouveau ainsi qu`une rénumération

raisonnable.   Il  avait   été  interviewé   à  quelques   reprises

individuellement par son  patron  immédiat et  son directeur.   Son

grand patron était de  race noire et  il le  seconda courageusement

jusqu`à sa mutation et éventuellement  son départ de  la compagnie.

Là, encore, il y demeura quatre ans et  bénéficia d`une progression

salariale toutefois il ne fut  jamais promu.  Il sortit  fatigué de

ses routines hebdo maires (fait  exceptionnel) de  mises à  jour des

échéanciers et des prévisions budgétaires de projets;  il avait mal

au cou et au  dos suite  à de  nombreuses heures  de travail  à son

ordinateur et ce n`est que quelques mois plus tard et à l`aide de la

technique Nadeau qu`il se départit de ces malaises. Quelques années

après, il apprit par les journaux le décès du maître d`oeuvre, l`âme

de ce groupe de  télécommunications dont les  membres appartenaient

presque tous à la même promotion d`une université anglophone et ils

 

n`auraient pu que  très difficilement  travailler en  français même

s`ils l`auraient voulu, souhaité.   Jacques était accepté dans cette

équipe comme potentiel successeur d`un gérant qui tardait à prendre

sa retraite, dans  trois ans,  disait‑on, à  celui‑ci et  en autant

qu`il veule  bien  jouer  ce  rôle  spécifique.   Antérieurement  à

Jacques, plusieurs personnes avaient  déjà agi  comme adjoint  à ce

gérant avant de  laisser  l`entreprise, c`est  pourquoi Jacques  ne

s`était pas fait d`illusions.  Ce patron fut surpris  et il ironisa

du fait que Jacques admit humblement qu`il avait appris au cours de

ces quatre années au service de cet employeur notamment au sujet de

l`organisation, des  produits,  etc.  Il  aurait  davantage  appris

possiblement s`il  avait  été  promu à  un  poste  plus  important.

Toutefois, Jacques avait bénéficié d`appuis importants et efficaces

à certains égards durant son séjour chez cet employeur.

 

Lorsque   confortablement,   douillettement    installé   dans   une

entreprise, un poste, on était peu motivé à aider quelqu`un d`autre

et il était aussi vrai de dire qu`il n`était pas facile de le faire

à certains niveaux hiérarchiques  dans l`organisation.   Jacques se

souvenait de quelqu`un qui l`appelait périodiquement  au sujet d`un

emploi. Il semblait  avoir un profil de carrière  susceptible de se

qualifier pour un poste semblable à celui de Jacques.  En l`absence

de promotion  assurée, Jacques  ne  pouvait  prendre le  risque  de

seconder cet individu auprès de son employeur.  Il en était de même

d`un bureau‑conseil anxieux d`offrir leurs services  et de suggérer

l`usage de leur logiciel modifié, adapté localement.  Jacques avait

adopté un autre logiciel.                              

 

A cette époque, un copain  lui disait que  les deux  frères Johnson

s`étaient rendus chez  son  employeur.  Un  avec  un petit  marché,

semblait‑il,   à titre de ministre dans le gouvernement et l`autre à

titre   de  Chef   de   l`opposition.    Quelle  équipe   politique!

L`entreprise se  devait de  maintenir  des  liens avec  les  divers

milieux dont les  milieux politiques!   Un militant  péquiste était

surpris que les  vice‑présidents se  permettent de  tels commerces.

Jacques voyait d`un  bon  oeil  de tels  liens  d`affaires et  d`un

mauvais oeil, si ces échanges se concluaient  par des contributions

significatives et   multiples  aux   politiciens  et aux  parties

politiques indirectement  de  la  part  de  corporations.   Jacques

préférait les ingérences politiques québécoises à celles fédérales.

De plus, un  gestionnaire  appuyé par  ces  deux politiciens  était

potentiellement favorisé.

 

Afin d`obtenir   un  poste   donné,  il  fallait   presque  assumer

officieusement ces   tâches  avec   une  certaine   connivence  des

supérieurs avant  d`être  officiellement confirmé  dans  un  poste.

D`une façon tacite,  les  supérieurs et  l`entourage évaluaient  la

situation, les réactions et si personne s`objectaient vertement, le

 

prétendant était nommé  au dit  poste.  Si  vous acceptiez  que les

anglophones   même  bilingues   continuaient,  poursuivaient leurs

carrières en anglais,  ils  vous favorisaient  comme prétendant  au

poste contemplé, ils vous incitaient même à procéder s`étant assurer

que leurs méthodes,  leurs  approches ne  seraient pas   modifiées,

surtout, s`il  s`agissait  de   méthodes  manuelles  utilisées  par

quelqu`un à quelques années de sa retraite. Si vous étiez chanceux,

vous pouviez   être  seconder  par  un   copain,  une  connaissance

partageant des méthodes, des  approches, des  principes similaires.

Votre promotion, par  exemple, ne  devait pas  prêter ombrage  à sa

propre image personnelle et sociale. Au contraire, elle devait être

perçue par ce supporteur comme  une potentielle amélioration  à son

environnement immédiat et susceptible de lui bénéficier à court ou à

long terme.

 

En attendant de  poursuivre ses  études en  administration, Jacques

compléta ses études élémentaires en espagnol au  Pavillon Groulx de

l`Université de Montréal.   Il  s`agissait d`un  cours intensif  en

études hispaniques et il obtint une note supérieure à la moyenne de

sa classe composée surtout de jeunes étudiantes et animée par une

professeure originaire d`Uruguay.

 

Cinq   ans  après  avoir  abandonner   les  cours  prérequis  à  son

inscription au doctorat, il reprit ces études et il devait compléter

les deux cours  prérequis  à son  admission  au programme  conjoint

montréalais (quatre universités) de doctorat avec une moyenne de B.

Un de ses travaux concernait le traité de libre‑échange qu`il traita

honnêtement en évaluant les avantages  et les inconvénients  en une

période   de    polarisation.    Toutefois,   il   fut    déçu   par

l`administration des examens; entre  autres anomalies  presque tous

les étudiants  sortirent de  la  salle  d`examen sans  surveillance

durant un examen théorique en l`absence du droit aux notes. Il s`en

plaignit au professeur et au ministre québécois concerné après qu`il

eut été   refusé  au  doctorat  pour   raison  de  contingentement.

L`adjoint au directeur du  département avait prévenu  Jacques qu`il

devrait être suivi  étroitement.   Il pensait  que  s`il avait  été

accepté au doctorat, il aurait peut‑être pu changé cet état de chose

alors qu`étant  refusé, il  se  devait  moralement de  signaler  ou

souligner cette  situation  à  qui  de droit.   Face  à  de  telles

méthodes, il se voyait mal poursuivre ses études dans  un milieu où

la loi de la majorité, de la meute, prévalait sur de sains procédés

auxquels il avait  toujours été  soumis  dans la  poursuite de  ses

études tant collégiales qu`universitaires  ainsi de dans  sa propre

administration d`examens à l`université, cette même université!  Un

professeur lui  fit   remarquer  que  la  formation   à  ce  niveau

correspondait à la programmation de l`individu et il ne croyait pas

que Jacques en souffrirait réellement.  Il  comprit qu`en l`absence

de programmation  conventionnelle  à forte  saveur  fédéraliste  de

 

troisième cycle, il  arriverait  quand même  à  des solutions,  des

réponses originales et, souvent, judicieuses constituant, peut‑être

d`importantes contributions dans son  milieu.  Il  s`agissait d`une

programmation,   entre    autres,    aux    valeurs    fédéralistes

conventionnelles qui encourage  la propagation,  la perpétuation  du

système actuel   et  qui   nuit,  empêche  le   renouvellement,  le

ressourcement et la créativité authentiques. De plus, ce professeur

disait que  les  journalistes  financiers et  de  d`autres  sphères

d`activités des grands journaux et périodiques étaient généralement

d`anciens décrocheurs de Polytechnique, des Sciences  Sociales, des

Hautes Etudes Commerciales, …  et qu`ils effectuaient  un travail

terriblement pauvre  en ces  matières.   Jacques  réalisait que  le

travail de journaliste était exigeant  et qu`ils devaient  subir de

nombreuses contraintes  les  empêchant   de  présenter  leurs  vues

intégrales des événements  devant  composer avec  les intérêts  des

propriétaires   de  journaux   et  des   dirigeants  politiques   et

économiques. Il observa qu`un cadre supérieur d`entreprise, docteur

en administration, même  bien « programmé »,  eut des  déboires comme

gestionnaire et il fut récupérer  par le  fédéral en raison  de ses

contacts et de sa diplômation.

 

Jacques avait soumis  sa candidature  à titre  d`ingénieur dans  la

fonction publique. On l`inscrivit à  un concours pour un poste dans

la région de Québec comme telle et à un salaire nettement inférieur

à celui de son dernier emploi.   Il lui aurait fallu  défrayer les

coûts d`une troisième  résidence,  être éloigné  de  sa famille  la

semaine durant, démissionner de son poste d`administrateur à l`Ordre

des ingénieurs du  Québec, épauler  de  loin son  grand garçon  qui

nécessitait, semble‑t‑il, encore ses deux parents, …  Pour toutes

ces raisons, il recula au stade de l`examen  d`élimination basé sur

les capacités   d`analyse,  de  synthèse,  de   notions  générales

pertinentes à la gestion de projet et à la  rédaction de documents.

Etant peu  intéressé au  poste,  Jacques  ne voyait  pas  l`intérêt

d`essuyer possiblement un échec inutilement.  Les  aspects positifs

de ce poste étaient quand même pas négligeables; emploi sécuritaire,

secteur d`activités connues, … S`agit‑il d`une bonne décision?

Jacques avait déjà regretté de ne pas avoir accepté  un emploi dans

la fonction parapublic!  Avec un  tel salaire, Suzie  n`aurait pu

prendre une année  sabbatique car  ce salaire  ne permettait  pas de

maintenir le même  niveau  de vie  familial.   Joindre la  fonction

publique correspondait pour  Jacques  à se  bâillonner,  à ne  plus

publier ses opinions, à ne  pas publier son essai.   En définitive,

notre société était très peu libérale, pensait Jacques.  Un employé

d`une société d`état ayant  révélé publiquement  des renseignements

privilégiés en savait quelque chose,  en avait fait  l`expérience à

ses frais!   C`est ainsi que  le nouveau  président de la  Caisse de

placement et de dépôt du  Québec soulignait que son  prédécesseur à

titre de retraité  se  permettait de   s`affirmer souverainiste  et

 

quant à lui il était trop jeune, trop actif professionnellement pour

se prononcer. Il voulait profiter au maximum du système actuel!

 

Un de  ses supporteurs  ou  alliés  politiques sans  emploi  depuis

quelques mois l`avait encouragé à accepter ce poste à Québec afin de

poursuivre sa carrière ou d`effectuer un nouveau  départ.  Ce geste

signifiait pour Jacques la fin ou la modification de liens amicaux,

politiques et  d`affaires.   Jacques  ne possédant  pas  les  mêmes

valeurs, les  mêmes  intérêts  que  son  copain  ou  à  des  degrés

différents n`avait pu  s`associer à  sa démarche  politique ce  qui

avait, à plusieurs points de vue, freiné sa carrière  et grever ses

revenus durant plusieurs années tandis qu`il avait  quand même tiré

avantages de  certaines  expériences.  Ses  exigences  en  matières

politiques l`avait conduit  à refuser  une participation  active au

sein de son parti politique jugeant le prix des compromissions trop

lourd. Son  copain s`évertuait  par tous les  moyens à  lui prouver

qu`il avait  tort  tant  au plan  personnel,  carrière  qu`au  plan

politique car il s`agissait du  moindre mal, la meilleure  des deux

options. Pourtant,  la politique  était quelques fois  définie comme

l`art du possible et Jacques comprenait les  positions de plusieurs

militants qui se satisfaisaient de mesures  souverainistes à divers

degrés et comblaient de ce fait certains de leurs besoins dont celui

d`obéir à un leader fort pour dire le moins. Un grand leader!  Oui,

mais suffisamment  grand  pour  se  tenir  debout!   Son  refus  de

s`engager politiquement, à  ce moment,  le conduirait  probablement,

comme à l`accoutumée, dans un milieu de travail où les préoccupations

indépendantistes   seraient  encore   plus  lointaines,   la  grande

entreprise. Ainsi, Jacques se doutait qu`il retournerait travailler

en milieu anglophone ou pour le moins bilingue car trop de dirigeants

étaient à genoux devant les  anglophones, les fédéralistes  et parmi

eux on retrouvait beaucoup de politiciens, nos décideurs nationaux,

nos élites! Quelle victoire!   Quel soulagement!  Les éléments, les

plus indépendantistes étaient ainsi neutralisés, bâillonnés  et les

tractations fédéro‑souverainistes se  poursuivaient  au plus  grand

plaisir de nos dirigeants.

 

Jacques se tenait au courant  des actualités dans  divers domaines.

Il recevait régulièrement des  publications de nature  générale: La

presse, La Relève,  La Seigneurie,  El Correo,  le Sommet,  …, de

nature nationaliste: L`Action  Nationale,  L`Autr`journal, …,  de

nature professionnelle: Le  Plan,  Le  Plan régional,  L`Ingénieur,

Engineering Digest,  la  revue  des  diplômés  de  l`Université  de

Montréal, la revue  « Birmingham Magazine »,  Direction informatique,

Action informatique,  …,  à caractère  religieux:  Le  Colombien,

Columbia, Le Fureteur, …

 

A un moment ou à un autre, Jacques avait communiqué  par écrit avec

Messieurs Fernand Daoust, Jacques Hébert, Jean‑Paul Desbiens, Alain

 

Stanké, Louis Dumais,  Robert Jim  Stanley, Marcel  De Cotret,  Guy

Joron, Felipe Nunez, …  surtout pour exprimer  des points  de vue

relatifs aux milieux de  travail ainsi  qu`à la  société québécoise

dans son ensemble et à titre de correspondance personnelle.

 

Sur la Rive‑Sud à Saint‑Bruno  de Montarville plus  précisément, il

semblait que plus de dirigeants  originaient de cette ville  que de

partout ailleurs en  Montérégie compte  tenu de  sa population,  un

milieu très  propice  à  l`éclosion  de  prospères  carrières,  une

pépinière des plus  fertiles,  un  milieu décisionnel,  l`Outremont

sinon le Westmount de la Montérégie suivi de près par Saint‑Lambert,

croyait Jacques.   Peut‑être  que l`association  des  propriétaires

constituait un  outil  de  concertation efficace  dont  Jacques  ne

connaissait pas  l`existence  dans sa  municipalité.   Les  emplois

disponibles en  banlieue  étaient souvent  d`importance  moyenne  et

avaient peu convenus à Jacques.   A Varennes, le noyau de dirigeants

municipaux et peut‑être des associations d`affaires  semblaient peu

efficaces dans   l`entraide  professionnelle  relativement   à  une

municipalité comme  celle  de  St‑Bruno.   Less  professionnels  ne

semblaient pas bénéficier  de  réseaux  officiels ou/et  officieux,

peut‑être, en raison du faible nombre de professionnels occupant des

postes d`importance.

 

                  2‑ Les considérations afférentes

 

Plusieurs québécois venus à Montréal de d`autres régions du Québec,

souvent, se sentaient  moins  bien accepté  que  les immigrants  de

d`autres pays et  même  après  des dizaines  années  à Montréal  et

fréquemment suite à une formation montréalaise.  A titre d`exemple,

Jacques avait vécu vingt ans dans le Bas‑du‑Fleuve, vingt‑neuf ans à

Montréal et  un  an  en  Europe  entrecouper  de  brefs  séjours  à

l`étranger. Des amis immigrants  l`avaient souvent intégrés à leurs

réseaux relativement bien organisés et efficaces.

 

Jacques avait observé qu`en périodes difficiles, il se tournait vers

ses proches,   ses  semblables  afin  de   reprendre  son  souffle,

d`apporter   sa   contribution    aux   associations   locales   et

professionnelles avant  de  poursuivre ses  activités  en  d`autres

milieux et de diversifier ses expériences tant professionnelles que

personnelles.

 

Si vous étiez un militant peu ou pas actif  de l`indépendance et de

la souveraineté, disposant  peu de  temps  pour se  faire car  vous

occupiez un poste  accaparant  et étiez  suffisamment flexible,  il

était préférable dans une  optique fédéraliste  que nous  jouiez ce

rôle plutôt   que  d`être   actif  dans   un  parti   politique  et

éventuellement à l`Assemblée Nationale.  Cependant, il  fallait que

le cadre  se  limite  à  la dimension  plutôt  personnelle  de  ses

 

convictions et son développement était favorisé par un milieu de

travail majoritairement francophone comme devrait l`être le monde du

travail québécois. Ainsi, ces quelques cadres favorisés par le sort

se développaient, se réalisaient harmonieusement.  Jacques espérait

que l`indépendance favoriserait un plus grand nombre de ces succès

personnels. Pour ces cadres, il s`agissait déjà d`un apport minimal

intéressant toutefois on  était  loin  d`une implication  sociétale

entière. Une connaissance, un professionnel avait rencontré M. René

Lévesque relativement à ses projets de carrière et  il avait conclu

que ses chances     d`avancement seraient très faibles et il s`était

orienté du coté  fédéraliste  où il  devint  président d`un  groupe

pan‑canadien.

 

Son épouse l`incitait à identifier les  raisons justifiant quelques

changements d`emploi   ou  l`absence  de  promotions   même  si  sa

progression   salariale avait    été   satisfaisante.    Le   plus

objectivement possible, il considérait les raisons suivantes: faible

ou peu d`adhérence à la culture de l`entreprise (langue de travail,

politiques d`investissement, par  exemple, hors  Québec, politiques

d`achat non préférentielles au Québec, politiques de recrutement, de

promotion, …), faible enracinement montréalais, origines modestes,

principes   moraux   et   éthique  professionnelle,   appui   à   la

francisation, …   Notons,  ici,   qu`une  des  motivations  à  la

poursuite de ses études fut  la conviction que ses  propos seraient

plus crédibles s`il bénéficiait d`une formation universitaire.  A ce

moment là, dans un de ses nombreux articles, il  soulignait le sort

fait par la société québécoise; perte d`emplois, anonymat, … à un

des premiers indépendantistes avoués:  Marcel Chaput alors  que les

leaders, les  dirigeants voyant  à  leurs  intérêts personnels  et

favorisant les  politiques  fédérales étaient  allègrement  promus,

souvent, à partir des officines gouvernementales.   Il se demandait

quel était  le  prix  de   ses  convictions  en  pertes  salariales

significatives détrimentales à sa famille dans son ensemble?

 

Quelques fois Jacques vivait dans  un climat de  suspicion engendré

par son inactivité professionnelle  temporaire et  l`inquisition de

Suzie en personne intelligente et dynamique  répondant aux stimulus

sociaux et à sa  soif de  connaissances, de  savoir pourquoi  il en

était ainsi. Ce climat plaçait  Jacques dans une position défensive

et d`insécurité accrue ce qui contrastait avec le  climat serein et

positif sinon de confiance souhaitable à  l`affirmation personnelle

et professionnelle surtout au cours d`entrevues. En ces périodes de

déboires professionnels ou d`affaires, il fallait comprendre que les

effusions et l`effervescence amoureuses pouvaient être altérées chez

les Laberge.  Suzie  faisait  preuve énormément  de  sérieux et  de

maturité compte tenu de ces circonstances adverses. Ils  essayaient

de défendre, maintenir les acquis familiaux afin de ne pas ajouter à

la problématique du moment. Cela représentait tout un défi!

 

Jacques avait souvent demandé à Suzie d`éviter d`intervenir dans sa

vie professionnelle car il était très difficile d`aider   quelqu`un,

même un conjoint. Ils évoluaient  dans des milieux bien différents.

Une épouse, un  ami  pouvait nuire  plus  qu`aider en  s`impliquant

directement. Il s`agissait  probablement d`un opération valorisante

et, souvent, nuisible  sinon  responsable de  délais inutiles.   Le

temps de réaliser que la nature des débats, plusieurs semaines, mois

étaient écoulés sans contributions significatives. Dans sa famille,

on était pas ou  n`avait pas  dû intervenir  dans ses  affaires, on

l`écoutait, l`encourageait, lui présentait des suggestions, dans un

climat constructif réalisant  que la  vie représente  un défi  pour

chacun d`entre nous.   Et que, la perception de son    avenir et les

modalités de son épanouissement, lui appartenaient.

 

Jacques laissait le plus de latitude  possible à Suzie afin  de lui

permettre de réagir aux  situations quelques fois  désagréables, de

vivre ses émotions  naturellement, d`exprimer  son désarroi  et son

agressivité souvent justifiés par les variances constatées entre les

objectifs et la réalité. Il  lui semblait préférable « de laisser le

roseau fléchir plutôt que de le maintenir rigide de crainte qu`il se

casse ».

 

Lors d`une  entrevue,  il  devait  réaliser  et  souligner  que  sa

principale réussite professionnelle et personnelle consistait, entre

autres,   à  avoir   maîtriser  la   gestion  de   projets  réalisée

manuellement et   à  l`aide  de  logiciels   simples  et,  surtout,

sophistiqués   que   moins   de  dix   professionnels   de   calibre

international pouvait efficacement utilisés. Jacques en poursuivant

jeune ses études complémentaires en administration avait acquis tout

au cours   de  ces  expériences   de  travail  non   seulement  une

connaissance spécialisée  de  fonctions   données  mais  aussi  une

connaissance générale de la gestion, culture des entreprises privées

et des organismes parapublics.   Au cours de  la même  entrevue, le

futur patron lui posa  quelques questions quant  à sa  propension à

livrer par écrit ses remarques  et ses observations  relativement à

son milieu de travail, culturel, politique, … ainsi que le nombre

d`heures   allouées   au   service   de  sa   profession   en   tant

qu`administrateur élu.    Heureusement  que  Jacques   se  limitait

généralement à être  actif dans  une seule  organisation à  la fois

malgré le fait qu`il était constamment sollicité.

 

En   discutant   avec   un    confrère   ingénieur   qui   piétinait

professionnellement pour  diverses  raisons, Jacques,  perçu  qu`il

avait atteint le  palier  supérieur à  titre  d`ingénieur dans  une

entreprise multinationale dans le domaine de  la haute technologie.

Jacques écoutait  longuement  ce  confère  et  il  essayait  de  le

conseiller et de l`encourager à se reprendre en  mains.  Il croyait

qu`en aidant les  autres, il  s`aidait lui‑même  en augmentant  ses

 

connaissances et en  se familiarisant  avec leurs  organisations et

leurs problèmes. Ainsi, il accroissait son champ d`influence!

 

Après avoir reconnu visuellement et été reconnu par  un cadre d`une

grande municipalité lors d`une  réception, Jacques fut  surpris que

celui‑ci se rappelait son nom. Jacques lui présenta un confrère qui

avait   oeuvré  au   même  projet   et  poursuivi   ses  études   en

administration et en  droit cependant  il ne  se le  rappelait pas,

seulement Jacques, qui fut quelque peu embarrassé pour son confrère.

Il en conclut que son souci de « donner l`heure juste » avait au moins

été reconnu par le client  à défaut de  l`avoir été par  son ancien

employeur. Même les professionnels  n`échappaient pas aux pressions

politiques et administratives à tous les niveaux hiérarchiques.

 

Dans l`exercice de  sa profession,  ses professions  d`ingénieur et

d`administrateur, Jacques voyagea  peu à  son avis.   Il suivit  un

cours relatif aux systèmes d`informations corporatives mécanisées de

l`American Management Association à Chicago.  Il  aurait aimé aller

en Australie et  passé quelques  jours à  ses frais  aux Iles  Fiji

lorsqu`il travaillait à  des  projets d`alumineries  sises dans  ce

pays. Par  contre, il eut  le loisir d`apprécier le  modernisme des

laboratoires de recherches et des usines de Toronto  et d`Ottawa de

diverses multinationales. Il eut droit  à une visite en hélicoptère

de la Baie James et le pilote dû être surpris qu`un de ses passagers

ne fut pas  malade,  Jacques  en occurrence,  qui  s`en « sortit »  en

regardant au sol constamment. Heureusement que Jacques avait voyagé

au frais du Commonwealth (payé par les québécois et québécoises) et

à son propre compte!   Lorsque  vous prôniez  le démantèlement  du

Canada, l`on vous  laissait derrière  votre bureau!   Une technique

répandue consistait à  offrir un  voyage à  quelqu`un comme  mesure

compensatoire à une promotion  manquée.  Ou  pour vous  éloigner si

vous représentiez un  obstacle ou  n`étiez pas  désiré à  un moment

donné ou  stratégique.  Ou  encore,  si  vous étiez  démobilisé  ou

nerveux, un changement de décors pouvait contribuer à votre détente.

Evidemment, les exigences du travail pouvaient également conduire à

des déplacements.  

 

Dans les   milieux  de   travail,  Jacques  fut   près  d`écossais,

d`ontariens   remarquables,   respectables    et   respectueux,   de

terre‑neuviens humains, d`irlandais sympathiques  compatissants aux

déboires des québécois, de résidents de l`Ouest canadien compétents

et préoccupés par l`unité canadienne, d`américains prêts à respecter

les exigences culturelles  québécoises, de  montréalais anglophones

intégrés,   non  intégrés,   intégrables  et   non  intégrables   et

s`exprimant généralement en anglais.   Ce paragraphe  aurait semblé

des plus brefs à Jacques pour traduire de très nombreuses années de

contacts journaliers dans  des climats  de travail  constructifs et

généralement   harmonieux.     Plusieurs   confrères    anglophones

 

connaissaient   ses  orientations   politiques   cependant  ils   le

sollicitèrent adroitement pour  qu`il se  joignit à  leurs diverses

associations croyant pouvoir plus efficacement l`aider. Ils auraient

aimer le voir s`installer dans  l`Ouest de Montréal et  s`intégrer à

leur communauté.   Il aurait  contribuer à consolider  la communauté

anglo‑québécoise et surtout anglo‑montréalaise comme bon  nombre de

francophones. Ainsi, Jacques aurait sûrement eut la vie plus facile

au plan professionnel.

 

Au plan  syndical,  il  s`était   impliqué  au  niveau  du  conseil

d`administration de l`association des ingénieurs d`une industrie de

haute   technologie.    Il   fut   membre   de   l`association   des

professionnels   lorsqu`à   l`emploi  d`un   importante   commission

scolaire. De retour, plus tard, dans le domaine de l`ingénierie, il

sera de  nouveau  membre  d`un  association  d`ingénieurs.   Il  ne

s`agissait pas  de  syndicats proprement  dits.   Néanmoins,  leurs

méthodes étaient souvent empruntées ou s`apparentaient  à celles de

ces derniers.   Souvent, les dirigeants de  ces associations étaient

intégrés à la direction de l`entreprise.

 

Suzie, l`épouse de Jacques, quelques fois, croyait, qu`en harcelant

Jacques,   elle    pourrait    changer    certaines    orientations

professionnelles, politiques, … Il lui expliquait que personne ne

l`avait presser  jusqu`à   ce  jour  et  qu`il   avait  quand  même

relativement réussit sa  vie  personnelle  et professionnelle.   En

période d`accalmie professionnelle, Suzie ne se sentait pas capable

d`assumer le rôle de soutien  de famille si  ce n`était au  coût de

beaucoup de  stress  et  Jacques la  comprenait.   Dans  le  milieu

familial de Jacques, l`on s`encourageait mutuellement en misant sur

les habilités de chacun.  Après avoir obtenu  une certaine sécurité

matérielle, il voulait  être un  peu plus  lui‑même, respecter  ses

valeurs sociétales, réaliser quelques projets que  les exigences du

travail professionnel dans l`entreprise privée, un certain esclavage

souvent bien rénuméré et  intéressant, l`avait  empêché de  mener à

bonnes    fins.     Il    voulait   s`impliquer    socialement    et

professionnellement comme il le fit  au cours de  plusieurs années.

Suite à de  nombreuses années  de  travail et  de réalisations,  il

n`était pas  toujours  prêt  à  tout  sacrifier  pour  son  travail

professionnel. Trop souvent, un patron zélé ou tyrannique empêchait

inutilement   le   travailleur    professionnel   de    s`impliquer

sociétalement surtout s`il ne partageait pas les mêmes valeurs, par

exemple, fédéralistes et indépendantistes. Souvent, un nationaliste

était placé en porte à faux,  il avait à choisir  entre sa « cause »,

ses valeurs et ses intérêts personnels et dans un milieu de travail

majoritairement anglophone  rien  de plus  facile  sinon  fréquent.

Jacques réalisait que les travailleurs intellectuels étaient souvent

débordés lorsqu`au travail, dans le système; temps surnuméraire, …

alors que d`autres rejetés temporairement par le système avait tout

 

loisir de   réfléchir  et   ils  étaient  réellement   inactifs  et

fréquemment isolés.   Dans  un  projet de  société  québécoise,  il

faudrait reconnaître le droit  au travail  au moins  à ceux  qui le

désiraient. Un autre sujet sur lequel il avait réfléchi était celui

de l`accession à un poste donné.  Il lui semblait  que les méthodes

employées par certains candidats étaient souvent  non orthodoxes et

que l`utilisation de telles méthodes  était oubliée dès le  jour de

leur promotion ou de leur nomination.      

 

Son franc‑parler  et  la  franchise  de  ses  écrits  au  sujet  de

situations concrètes;  chantier   olympique,  commission  scolaire,

entreprises privées, … et des problèmes  d`éthique et d`intégrité

professionnelles ne furent pas toujours favorables à son avancement.

 

Un ancien ministre disait à la  légère que « la plus  belle fille du

monde ne peut offrir que ce qu`elle a, possède ».  Il en est de même

d`amis originants d`humbles  milieux.  Pour  obtenir plus,  il faut

faire comme  certains  politiciens, entre  autres,  s`approcher  de

grands financiers et  des  grands  de ce  monde.   Et,  il faut  se

conformer à  leurs  règles  et  à leurs  exigences.   A  un  palier

inférieur, l`on  doit  se  comporter de  manières  semblables  afin

d`éviter de  mordre  la  main  qui nous  nourrit,  nous  aide.   Au

contraire, il faut anticiper, prévoir leurs désirs et devancer leurs

demandes et  leurs  actions  dans  certains  cas.   Leur  témoigner

beaucoup de déférence,  de  soumission, de  fidélité, de  supporter

courageusement les inconvénients de la situation représentaient des

mesures   désirables.   Il   était   souhaitable  d`indiquer   notre

satisfaction,   notre  appréciation;   certains  petits   gestes  de

gratitude de  nature  surtout   à  flatter  l`égo  des  dirigeants.

Quelques fois au lieu de recourir à des  services d`indépendants de

l`organisation,   mieux   valait   s`adresser   à   un   membre   de

l`organisation sinon à  un allié  même  si la  nature des  services

n`était pas  identique.   Tout  devait  être  mis  en  branle  pour

consolider les activités du  groupe et souligner  ses interventions

aux décideurs  susceptibles  de   favoriser  son  avancement.   Les

contacts personnels de toute nature devaient être cultivés par tous

les moyens possibles. Cette formule n`était, peut‑être, pas gagnante

à tout coup mais  elle en  était  probablement une  bonne dans  une

entreprise donnée à un  moment donné,  pensait Jacques.   Il aurait

offert ses voeux  de bonnes  chances  à ceux,  aux arrivistes,  qui

pouvaient se conformer à une telle démarche!

 

N`appartenant à aucun parti politique  à un moment  donné, Jacques

s`était risqué à écrire à Monsieur Bourrassa pour lui mentionner ses

insuccès au nombre de plus de trois cent offres de service présentés

à des   postes  de   différentes   natures  et   à  divers   paliers

hiérarchiques dans  la  recherche  d`un emploi,  il  connaissait  à

l`avance la réponse protocolaire des membres de son Bureau pourtant

 

il souhaitait voir circuler son nom  et son pedigree en  ce milieu.

Les coordonnées de la fonction publique québécoise  fournies par le

Bureau du PM  devaient  s`avérer erronées.   Il  soumit une  offre

d`emploi à quelques dirigeants d`entreprise: Messieurs Claude Béland

(Desjardins),   Laurent   Beaudoin   (Canadair‑Bombardier),   Pierre

Péladeau   (Québécor),   Guy   St‑Pierre   (SNC),   Richard   Drouin

(Hydro‑Québec), Larkin Kerwin (Agence spatiale de Saint‑Hubert), …

et ce fut apparemment sans succès probant.   Jacques obtint presque

des emplois chez Sidbec‑Dosco en gestion de projets, à  la ville de

Montréal comme commissaire  industriel et  à  la IRSST  à titre  de

conseiller en conception et en gestion de projets. On le disait bon

deuxième alors qu`il  se devait  d`être premier  et l`on  déplorait

quelques fois ses faibles appuis politiques.  De plus, il avait été

reconnu comme  qualifié  à  titre  de  coordonnateur  des  systèmes

informatiques par la Communauté urbaine de Montréal et interviewé à

l`Ecole de   Technologie  supérieure  comme  professeur   en  génie

électrique et doyen. Il avait aussi rencontrer le responsable de la

gestion de projet  chez Oerlikon,  il venait  d`être recruté  d`une

compagnie ayant effectuée plusieurs mises à pied.  

 

Jacques refusait rarement d`appuyer une candidature  à la poursuite

d`études   supérieures   ou   à  l`assumation   de   responsabilités

professionnelles ou   communautaires  malgré  le  risque   que  des

personnes de mauvaises fois, Hé Oui! Il s`en trouve!, utilisent ces

personnes appuyées, recommandées  contre  lui.  En  dépit de  tout,

Jacques préférait adopter  une  attitude positive  et seconder  les

éléments dynamiques de son milieu,  lui‑même ayant été  à plusieurs

reprises le bénéficiaire de tels appuis.

 

Suzie encourageait Jacques à se questionner au sujet de son attitude

face à l`autorité! Etait‑il  contre toute autorité, tout dirigeant?

Aurait‑il voulu prendre leurs places, être à leurs places? Etait‑il

prêt à consentir les efforts  pour arriver,  pour être promu  à ces

postes?   Désirait‑il vraiment  exercer  de  telles fonctions?   Ses

expériences personnelles à la  direction le motivaient‑elles  à cet

égard? Etait‑il  important d`accéder à de  hauts postes?  Savait‑il

laisser cours au libre choix des décideurs?  Savait‑il profiter des

opportunités? Avait‑il peur des responsabilités  du point de vue de

leurs impacts et   de leurs conséquences sur la société?  Pouvait‑il

accepter que son apport  à la prise  de décision  soit fragmentaire

même en tant que principal gestionnaire?  Pourquoi investir tant de

temps, d`énergies et d`argents pour un contrôle partagé, un pouvoir

partiel?   Pourquoi  ne  pas  se concentrer  exclusivement  sur  des

activités rénumératrices?   Pourquoi  ne   pas  essayer  de  rendre

payantes toute  activité?  Pourquoi  ne  pas  oublier les  intérêts

sociétaux et se concentrer sur ses intérêts personnels? Comment son

enfance et son adolescence, l`avaient marqué?  Avaient‑ils influencé

son cheminement, sa vie  personnelle, sa carrière,  ses engagements

 

sociaux et   autres?   L`absence   partielle  de   modèle  paternel

avait‑elle largement influencé ses comportements; son attitude face

à l`autorité.   S`adressait‑il   assez  souvent   aux   dirigeants?

Maintenait‑il vivants, opérationnels         les liens avec les hauts

dirigeants, les supérieurs?   Avait‑il peur  d`eux?  Leur  était‑il

réfractaire? Considérait‑il  ses supérieurs  comme des  alliés, des

collaborateurs nécessaires voir même essentiels?  Se  privait‑il de

leurs conseils, de leurs orientations, de leurs directives, de leurs

connaissances et de leurs  informations?  Manifestait‑il  un besoin

autonomiste irréaliste?   Réalisait‑il sa dépendance  intrinsèque en

tant que membre d`une équipe à quelques niveaux que se soient? Quel

était la  qualité  de   ses  communications  avec  ses  supérieurs?

Redoutait‑il   l`évaluation   sévère,   la  critique   de   ceux‑ci?

Valorisait‑il trop les  relations  entre confrères  de même  niveau

hiérarchique ou de niveaux inférieurs?  Essayait‑il  constamment de

se constituer une  équipe de  supporteurs?  Prônait‑il  ses propres

théories et ses méthodes auprès de son entourage?  Se conformait‑il

aux directives, aux souhaits clairement exprimés par la direction?

 

Voilà beaucoup d`interrogations  auxquelles  Jacques  aurait pu  en

ajouter bien d`autres!  Désirait‑il être  omniprésent?  Désirait‑il

tout régenter? Acceptait‑il la  contribution de nombreux dirigeants

dans les multiples sphères d`activités?  Ses démarches personnelles

s`harmonisaient‑elles à la réalité hiérarchique des divers milieux?

Oeuvrait‑il à rebours, à contre courant?  Neutralisait‑il ainsi ses

efforts? Noyait‑il ainsi les résultats obtenus ou escomptés au coût

de maints efforts? Se  privait‑il d`expériences plus significatives

en recherchant l`autonomie personnelle, l`indépendance individuelle?

 

Ce questionnement   alimentait  et  animait  profondément   la  vie

intérieure,   les   réflexions   et    les   actions   de   Jacques!

Questionnement effectué sereinement à titre de  scientifique qui ne

deviendra jamais le monopole de la vérité, ni des connaissances mais

qu`un infime  filon.   Il  aurait   aimé  profiter  au  maximum  et

rentabiliser ses  efforts dans  les  multiples  aspects de  sa  vie

personnelle, professionnelles, sociétales,  ….  Le  nombre et  la

diversité de ses  questions  témoignaient et  précisaient le  degré

d`intériorisation chez  Jacques.    Il  réservait,  toutefois,  ces

interrogations pour  les  périodes d`accalmie  professionnelles  et

personnelles.   Dans  l`ensemble,  les   réponses  à  ces  questions

favorisaient son avancement  compte  tenu des  observations et  des

remarques exprimées dans ce récit, croyait‑il!

 

Une proche  connaissance  influencé   par  des  amis  lui  répétait

constamment qu`il fallait prendre  des risques pour  prospérer!  Il

fut moins convainquant après que le  père d`un de ses  amis eut fait

faillite. Prendre des risques, c`était  également risquer de perdre

l`acquis. Il  s`agissait tout  de même  d`une attitude  positive à

 

mûrir pour un jeune de moins de vingt ans.  La fête  de la Reine ou

plutôt la fête de Dollars semblait une journée d`opportunités   pour

Jacques.   A  quelques  reprises,  de  nouvelles  avenues  s`étaient

ouvertes à lui. Question de hasard, pensait‑il!

 

Les gens parlaient  quelques fois  de scientifiques  distraits dans

l`exécution de travaux banals.  Jacques visualisait  comme possible

cette situation  lorsque  quelqu`un se  concentre,  monopolise  ses

énergies intellectuelles  pour  accomplir une  tâche  difficile  et

d`envergure requérant un effort de mémorisation et de raisonnement.

Solutionner un problème ou continuer à réfléchir à un sujet pendant

l`exécution d`une  tâche  routinière  était   fréquent  et  pouvait

conduire à  de faibles  résultats  ou  des performances  atténuées,

réduites relativement aux possibilités, au potentiel de l`individu.

Voilà, pour une explication plausible et expérimentée!  Ainsi, même

après avoir maîtriser un sujet à un moment  donné, quelqu`un devait

se remémorer les données et les  principes soit du procédé, soit de

l`activité, surtout après plusieurs mois et plusieurs années.

 

Chaque fois que Jacques reprenait  le collier, le travail  dans une

entreprise, il avait la sensation de se couper  des débats publics,

de cesser de  vivre publiquement  ayant  peu de  temps pour  suivre

l`actualité, analyser les démarches politiques, définir ses propres

positions, … Par conséquent, il  avait l`impression de perdre, de

sacrifier plusieurs éléments importants de  sa vie en raison  de sa

sensibilité sociétale.   L`expression « avoir l`impression  de perdre

sa vie » lui échappa  dans une  discussion avec un  copain et  il ne

pouvait s`empêcher de penser  que cette  expression était  forte et

jusqu`à un certain point prétentieuse.

 

Les entreprises  familiales   québécoises  étaient  comme  toujours

vulnérables.   Désourdy avait  été  vendu à  des intérêts  français,

Lavalin subissait de sérieux  déboires, Steinberg avait  été repris

heureusement par des québécois,  Pascal fermait, …   Dommage pour

l`économie québécoise!

 

Nos dirigeants  politiques   voulaient  bien  s`adjoindre  quelques

scientifiques, quelques   rares  ingénieurs  à  titre   de  dociles

exécutants politiques, techniques des volontés politiques des grands

élites en la matière. Le peu d`envergure sociétal des scientifiques

les vouait à une servilité méritoire, semblait‑il! Pour des raisons

de survivance et  d`épanouissement économiques  et financiers,  les

professionnels du génie, entre autres, vivaient sous la houlette des

politiciens majoritaires de formations différentes ou sans formation

particulière. Leur  faible crédibilité politique les  confinait, par

conséquent, à jouer un rôle surtout  sinon exclusivement économique

que, d`autre  part,  on  leur reprochait  fréquemment.   Un  membre

émérite de   la  profession   soulignait  avec  justesse   lors  de

 

l`obtention d`une  rare  reconnaissance   publique  que  la  piètre

crédibilité des  ingénieurs  originait de  leur  faible  production

littéraire.   Jacques se  demandait si  les ingénieurs  auraient été

plus prolifiques si leurs efforts en cette matière  avait été mieux

accueillis, recherchés, valorisés,  encadrés, …   Il se  rappelait

qu`un hebdomadaire avait refusé  un de ses  articles relatifs  à la

profession d`ingénieur alors  que la  parution de  la même  semaine

faisait état  de similaires  situations  chez  les architectes  qui

essayent d`obtenir une mobilité  professionnel au  Canada, mobilité

déjà acquise  chez  les  ingénieurs dont  certains  favorisait  une

visibilité et une représentativité internationales accrues pour les

ingénieurs et les ingénieures québécois. A l`ère de la technologie,

la société était encore privée jusqu`à un certain point de l`apport

des scientifiques tant  sur le  plan de  l`écrit et  du commentaire

scientifique que sociétal, c`est‑à‑dire une contribution originale à

titre de scientifique comme tel.

 

 






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